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L’Université menacée par la réforme de la licence !

Posted in Communiqués de presse

Après le fiasco Parcoursup, qui s’apprête à laisser des milliers d’étudiant·e·s sur le carreau, sans aucune formation universitaire, et le passage en force de la loi ORE qui officialise la sélection à l’entrée de l’université, le gouvernement de Macron attaque à nouveau les droits étudiants ! Suppression des rattrapages, suppression de la compensation, éclatement des diplômes : toutes ces mesures dont nous parlions, balayées d’un revers de la main par le gouvernement, prétextant une campagne de désinformation de la part des agitateur·trice·s professionnel·le·s, sont en train d’être discutées et seront appliquées d’ici la rentrée 2019. Les textes de la réforme de la licence viennent de sortir et ils sont alarmants.

La nouveauté principale concernant la licence réside en l’hyper-personnalisation des parcours d’études. Il ne faut plus raisonner en termes de parcours centrés, de majeures/mineures ou de disciplines associées, mais bien en « blocs de compétences » auxquels l’étudiant·e peut s’inscrire à la carte. Cela signifie l’implosion du cadre national des diplômes, qui régulait jusqu’à présent l’égalité et l’uniformité entre ceux-ci. Désormais, l’inscription à telle UE, si elle jugée peu cohérente avec le reste du parcours, pourra être dévalorisée par rapport à une autre. La transdisciplinarité annoncée ne favorisera en fin de compte que les étudiant·e·s qui ont une idée claire, nette et précise de leur projet professionnel, induisant une spécialisation précoce. De même, la licence ne se déroulera plus nécessairement sur trois ans mais pourra être modulée en 2, 3 ou 4 années de suivi d’études, en fonction des réussites ou non de l’étudiant·e. C’est ainsi que pour tou·te·s les étudiant-es ayant reçu un « OUI SI » sur Parcoursup, un an de remise à niveau sera obligatoire avant d’intégrer la formation souhaitée.

Cet éclatement de la licence s’accompagne pour l’étudiant·e du fameux « contrat de réussite pédagogique », dont les prémices étaient annoncés par le Plan Étudiant. Ce contrat qui n’a, pour le moment, aucune portée juridique, consiste en un accompagnement personnalisé par un·e encadrant·e de projet d’études. En fonction des difficultés éprouvées par l’étudiant·e, une réorientation sera envisageable dans une formation « interne ou externe à l’établissement ». Ou comment mettre les étudiant·e·s à la porte de l’université sans avoir de comptes à rendre à personne. Sur la mise en pratique de ce contrat, de nombreuses questions restent en suspens, puisqu’il n’est aucunement précisé que les encadrant-es doivent nécessairement être des enseignant-es. Avec quels effectifs et quels moyens se réaliseront alors ces accompagnements d’études ? Quand on sait la désertion de l’encadrement des projets de recherche qui existe déjà aujourd’hui chez certain·e·s directeurs et directrices de thèse, comment s’assurer d’un suivi effectif, et surtout sous quelles conditions ?

Les textes de l’arrêté prévoient une plus grande place laissée à l’entreprise, laissant la porte ouverte à un encadrement privé des études publiques. En effet, des « pédagogies diversifiées » pourront être mises en œuvre par les établissements. Sous couvert de pluridisciplinarité et d’intégration numérique, le gouvernement préconise moins de cours en présentiel à l’université, c’est-à-dire, des cours dématérialisés, mais également davantage de stages en entreprise qui auraient vocation à remplacer certaines UE. Cela aurait pour conséquences d’une part l’augmentation du travail non-rémunéré puisque réalisé par l’étudiant·e à la faveur des entreprises (déjà très présent en masters professionnels) ; et d’autre part une professionnalisation anticipée qui régulerait de facto le nombre de candidatures en master.

Enfin, et c’est peut-être là l’attaque la plus importante sur les droits étudiants, la réforme de la licence met fin, comme nous l’avions annoncé précédemment, aux compensations et aux rattrapages. Les mesures s’annoncent plus incitatives que directives : la possibilité sera laissée à l’établissement de supprimer et la compensation semestrielle (toute UE où vous n’obtiendrez pas au minimum 10/20 devra être repassée l’année suivante) et la compensation annuelle (un 13/20 obtenu au second semestre ne rattrapera plus un 7/20 obtenu au premier). Quant à la suppression des rattrapages, la réforme laisse là encore le choix à l’établissement. En dehors d’un recours de « seconde chance » assez flou pour le moment, il n’existera aucune garantie quant au maintien d’une seconde session d’examens. Si l’autonomie des établissements est invoquée, il n’y a aucun doute sur la direction que ceux-ci prendront. L’enseignement supérieur est soumis, depuis des années, à une austérité étouffante. Le manque de budget aura assurément le dernier mot.

On a par ailleurs assisté à un premier rétropédalage de la part du ministère sur l’autorisation donnée à des établissements autres que les universités à délivrer le diplôme de la licence. Cette annonce aurait eu pour conséquence la fin d’un monopole garantie par les universités publiques, officialisant par là la pente glissante vers une privatisation de l’ESR.

Face à cette campagne de destruction des acquis étudiants, une seule solution s’offre à nous dès la rentrée : la riposte collective !